Le seul moment

Saison 1 · Se connaître · N° 5 · 3 à 5 min

Le seul moment

Ta tête voyage entre hier et demain. Ton corps, lui, ne parle que maintenant.

Une personne au bord de l'océan, présente à l'instant

Où es-tu, là ?

Pas où est le corps. Où es-tu, toi ? Dans la conversation d'hier ? Dans la liste de demain ? Ou ici ?

Si tu es honnête, tu remarqueras peut-être que tu viens de faire un petit voyage pour revenir.

La tête voyage, le corps reste

La tête est une formidable voyageuse. Elle va dans le passé : elle rejoue, elle regrette, elle se justifie. Elle va dans le futur : elle prévoit, elle s'inquiète, elle imagine.

Le corps, lui, ne voyage pas. Il respire maintenant. Il a faim maintenant. Il sent la chaleur, le vent, la fatigue, maintenant.

Et c'est pour ça que le corps sait des choses que la tête ne sait pas. Il est le seul à être vraiment là.

Aucun moment n'est ordinaire quand on y est vraiment. Laver la vaisselle, marcher jusqu'à la voiture, attendre dans une file. Chaque moment est plein, quand on y est.

Chaque corps a son maintenant

Mais attention. Être présent ne veut pas dire décider tout de suite.

Le Design Humain le montre clairement : chaque corps a sa façon d'être au présent.

Certains corps savent dans l'instant. Un flash, une alerte, une évidence qui ne se répète pas. Pour eux, être présent, c'est écouter cette petite voix au moment où elle parle.

D'autres répondent par le ventre, dans l'instant aussi, en oui ou en non, à ce qui se présente.

D'autres vivent des vagues émotionnelles. Pour eux, être présent, c'est sentir la vague sans décider au sommet ni au creux. La clarté vient avec le temps.

Et certains ont besoin d'un cycle entier, d'un lieu juste, ou de parler à quelqu'un de confiance pour s'entendre.

La présence est pour tous. La vitesse, non.

✦ Et toi ?

Quand une décision se présente, ta réponse vient plutôt…

Mon témoignage

Pour ma part, mon autorité est celle de la rate. C'est l'autorité de l'instant.

Elle parle une seule fois, doucement, sans insister. Si je suis dans la tête à ce moment-là, je ne l'entends pas. Et elle ne se répète pas.

Le piège, avec cette autorité, c'est de manquer ces petites voix parce qu'on est ailleurs. Dans un plan, dans un souvenir, dans une inquiétude. C'est le piège que je surveille.

Alors, pour moi, être présent n'est pas une pratique spirituelle de plus. C'est une question de survie. C'est la seule façon d'entendre ce que le corps sait.

Un temps pour revenir

Où es-tu ?

Ici.

Quel moment est-ce ?

Maintenant.

Sens les points d'appui du corps. Les pieds. Le dos. Les mains.

Écoute un son, le plus lointain que tu puisses entendre.

Puis le plus proche.

Sens l'air qui entre, et l'air qui sort.

Tu es ici. C'est maintenant. Et ce moment est le seul où tout peut se vivre.

Pour finir

« La tête voyage. Le corps reste. Le corps ne vit qu'au présent, et c'est là qu'il parle. »

Vendredi 23 octobre, dans le prochain épisode, on parlera de ceux qui dérivent. Quand ce n'est pas le corps qui tient la barre, ce sont les fenêtres ouvertes qui décident.

Épisode précédent : Tu n'es pas ce que tu penses.
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